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Le réseau et le câble, une histoire d’internet

Un article publié le

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Raconter internet, plutôt que de dire expliquer internet, parce que c’est d’histoire dont je parle, peut se faire de moult façons.

 Il y a bien longtemps, alors que je travaillais sur un mémoire, j’avais lu un bouquin passionnant sur l’histoire des outils de communication. Ce livre m’a appris deux choses qui nourrissent toujours ma réflexion aujourd’hui : les outils ne remplacent pas les outils plus anciens, ils s’ajoutent à ceux-ci, qui peuvent voire se réduire leurs usages jusqu’à ne plus exister. Mais ça prend du temps. Et une forme de communication, ça peut être déterminé par du matériel, j’y reviendrais dans d’autres articles.

C’est un peu ces deux souvenirs qui inspirent cet article car au delà de raconter encore une fois l’histoire d’internet par le biais d’Arpanet, j’ai voulu descendre à un niveau… Plus proche du sol, plus proche aussi de nos usages. Un type d’objet qui peut être à la fois issu d’une longue histoire, l’objet d’enjeux géopolitiques, mais aussi présent dans nos usages personnels. Qu’il s’agisse de Lan parties ou tout simplement de se connecter à la box du fournisseur d’accès…
Et aussi un peu parce qu’il tend à son tour à disparaître dans cette dernière dimension.

Je vais donc vous parler du câble réseau, celui qui transporte les données.

Comme toujours, je vais commencer par une définition de Wikipédia :

Un câble est un « gros cordage fait d’un ensemble de diverses fibres végétales, synthétiques ou de fils métalliques». Le mot désigne ainsi des objets assez différents selon le domaine où il est employé (…) Notamment la Transmission de données
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Câble

Le mot câble à de par ses rôles et son histoire des sens variés.

*Au temps du télégraphe électrique, un câble désignait un message acheminé grâce aux câbles du télégraphe ;

  • Dans les télécommunications, le câble désigne un télégramme, apocope de câblogramme, qui était un télégramme, texte écrit en clair ou codé
  • Un câble diplomatique est un texte confidentiel échangé entre une mission diplomatique et le ministère des Affaires étrangères ;
  • Par métonymie, le mot câble est parfois utilisé pour désigner la télévision par câble.*

Et je vais donc comme je le disais raconter dans cet ordre, cette histoire de câbles en commençant par celui du télégraphe…

 

Pourquoi l’histoire du télégraphe est elle encore pertinente aujourd’hui ?

Avant d’être électrique et câblé, le télégraphe a été optique… Ce qui ne manque pas d’ironie, quand aujourd’hui nos connexions fibre sont elles aussi (re)devenues optiques à leur tour.

Le 2 mars 1791, Claude Chappe réussit publiquement la première communication à distance entre deux communes éloignées de 14 km. A chaque point des signaux sont observés avec des longues-vues par des observateurs et répétés, transmis au sémaphore suivant. Deuxième date fondamentale, la transmission par ce biais le 30 août 1794 de la victoire des armées révolutionnaires sur les Autrichiens à Condé-sur-l’Escaut dont Paris est averti après seulement une heure. C’est une accélération de l’information et de sa circulation qui se poursuit et s’accélère aujourd’hui encore. En 1845, ce système de communication s’étendra sur 5 000 km et reliera une trentaine de villes de France.

En parallèle la version électrique est développée par William Cooke et Charles Wheatstone. En 1837 un premier modèle de télégraphe électrique, qui utilise la déviation d‘une aiguille aimantée pour désigner les différentes lettres de l’alphabet est construit.
Aux Etats Unis, c’est un peintre, Samuel Morse, qui met au point un système de télégraphie électrique basé sur les rythmes du courant. Son télégraphe permet de retranscrire les messages par interruption rythmée du courant qui inscrivent alors sur une bande de papier… C’est le code Morse. Il faudra attendre 1843 pour que son invention se distingue de tous les autres et que le congrès passe commande… Il ne connaîtra pas un succès commercial immédiat mais dès 1851, le Morse est aussi utilisé en Europe.

Et en 1866 c’est le premier câble transatlantique qui est posé entre le Canada et l’Irlande. Ce n’est pas le premier câble sous marin, mais sur une aussi longue distance oui. 3 ans plus tard, un câble reliera la France aux Etats Unis. L’information circule encore plus vite, et ces câbles vont se répandre puisqu’en 1926 ce sont pas moins de 200 000 km de câbles sous marins qui existent. Déjà alors le câble en tant que support de communication amène avec lui une transformation à la fois de la technique, de la société, des enjeux de territoire et de l’information.

Au delà de ce parallèle avec ceux qui transportent aujourd’hui les données autour du monde, c’est aussi en préparant cet article que je suis tombé sur le travail d’Heidi Gautschi sur le télégraphe et internet qui non seulement montre que les usages mais aussi les représentations entre ces deux technologies sont proches. Volonté de contrôle de la part de l’Etat, nouveau style d’écriture, circulation de l’information, utopies projetées, vitesse et transformation… Toutes ces transformations que nous imaginions issues d’internet, l’avaient déjà été avec le télégraphe. C’est une constante quand on fait un travail d’historien, on se rend compte que ce qu’on pensait nouveau… Ne l’est pas vraiment.

Pour découvrir la thèse :
Du télégraphe à Internet – Plus ça change, plus c’est la même chose ? [Thèse]

Pour qu’internet existe, il a fallu tout comme pour le réseau télégraphique des réseaux câblés, notamment des raccordements… Sous marins.

 

Le câble sous marin, toujours un maillon essentiel

Si le câble transatlantique a été en premier télégraphique, il est devenu aujourd’hui la dorsale indispensable de l’infrastructure de l’internet actuel. Ces câbles ont évolué techniquement comme l’explique Dominique Boullier en 2014

Le premier câble transatlantique fut posé en 1858, le premier câble transpacifique en 1902, tous deux analogiques. Les répéteurs furent mis au point en 1955, permettant la fiabilité de la transmission de la voix – jusqu’ici seuls des télégrammes étaient transmis. Le protocole d’Internet fut établi en 1973 (TCP [Transmission Control Protocol], couche transport) puis 1978 (TCP séparé de IP [Internet Protocol], couche réseau), mais les câbles dont il était question dans cet « inter-networks » restaient analogiques pour les transmissions internationales. Un saut décisif fut accompli lorsque le premier câble à fibres optiques (TAT-8, transatlantique) fut posé en 1988 : les capacités de transmission augmentèrent alors rapidement, en démultipliant le nombre de fibres par câble, auquel s’ajoute un multiplexage permettant de faire passer plusieurs signaux sur la même couleur de la fibre – plus de 100 couleurs avec la technologie Dense WaveLight Division Multiplexing (DWDM), mise au point en 2005.
Source : “Internet est maritime : les enjeux des câbles sous-marins” Revue internationale et stratégique 2014/3 (n° 95**)**

En 2023 ce sont 1,3 million de kilomètres et 500 câbles qui sont la propriété des opérateurs des télécommunications traditionnels, comme Orange notamment… Mais plus de 50 % de ces câbles appartiennent aux Gafam, surtout Alphabet (Google et YouTube) et Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp). Ce sont surtout 95% des données circulants sur internet qui passent par ces infrastructures, autant dire que sans les câbles sous marins… Pas d’internet.

Notamment et comme l’illustre la citation ci-dessus l’évolution des câbles optiques capables de transporter les quantités de données accompagne ce développement en permettant de nouveaux usages : plus de données qui peuvent transiter plus vite, plus d’usages qui vont en tirer partie.

Au delà des questions posées par cette propriété du support des transferts de données, c’est leur confidentialité qui peut poser question. Le câble en lui même n’est pas vraiment le problème ainsi que l’ont démontré les révélations d’Edward Snowden. C’est au niveau des hubs, les nœuds de réseau qui se positionnent là où arrivent ces câbles que la surveillance est effectuée : États-Unis et les Britanniques captent ainsi ces données au passage… Les français aussi on l’imagine bien… C’est donc aussi la position de ces câbles qui en fait un enjeu géopolitique et stratégique. Permettre ou interdire (Chine, Etats Unis) le passage de ceux-ci dans certaines régions qu’ils contrôlent peut être stratégique.

Ces câbles peuvent aussi être une faiblesse.
Les îles Tonga qui n’étaient reliées que par l’intermédiaire d’un seul câble se sont retrouvées par deux fois déconnectées en 2019 et en 2022. Les menaces récentes des houtis montrent que cette fragilité est toujours d’actualité.

Une carte de ces câbles sous marins permet de mieux identifier ces enjeux : de plus en plus de câbles, mais aussi une concentration géographique vers les zones qui sont les plus desservies qui illustre la puissance des acteurs. Plus il y a de câbles, plus transitent des données.

 

Le câblage, une histoire et des choix politiques

La première liaison optique en France… Date de 1980 à Paris entre des centraux téléphoniques situés entre les Tuileries et Philippe-Auguste. Avec l’apparition du web dans les années 90 et le développement de ses usages, de plus en plus de câbles sont installés notamment en utilisant les infrastructures du réseau ferroviaire au travers d’une convention cadre entre la SNCF et France Télécom (l’ancêtre d’Orange, entreprise publique à l’époque). Ce sont ensuite les bandes d’arrêt d’urgence des autoroutes en dessous desquelles on installe les câbles optiques. Ce qui ne manque pas de doter le terme “autoroutes de l’information” d’un double sens et permet d’identifier géographiquement le maillage de ces réseaux.

L’importance de ces réseaux c’est que pour transporter le trafic ADSL qui était majoritaire dans les usages domestiques, il fallait des infrastructures plus importantes, capable de faire transiter plus de données, jusqu’à ces centraux. Mais comme le savent ceux qui ont ou qui ont eu l’ADSL, la question de la distance entre l’infrastructure et votre domicile conditionnait la qualité (la vitesse) de votre connexion. Encore une fois la question de la géographie s’invite dans l’histoire de nos accès à internet, que ce soit a un niveau plus ou moins large.

C’est pourquoi progressivement le câble cuivre du réseau téléphonique est remplacé par la fibre.

Revenons un peu sur cette histoire de l’ADSL qui a démocratisé l’internet haut débit en France, auparavant réservé à des infrastructures ou a des entreprises…

Nous sommes en 1999, le modem 56,6 kb/s est la solution pour se connecter la plus rapide pour le particulier, bloquant sa ligne téléphonique au passage… Wanadoo, la filiale Internet de France Télécom, propose à Paris ne offre nommée Netissimo. C’est la première ligne ADSL qui doit permettre de naviguer à a vitesse de 512 Kb/s, du jamais vu pour des particuliers (sauf si on est universitaire et qu’on peut profiter du réseau renater). Le prix freine beaucoup l’adoption de l’offre… C’est d’ailleurs sur la question du prix que va se faire connaître un nouvel opérateur nommé Free l’année suivante. En même temps Lybertysurf, un autre opérateur propose des accès illimités… Car oui, au début on pouvait avoir des abonnements ADSL pour quelques heures uniquement… A cette période vont se multiplier les FAI (Fournisseurs d’Accès Internet). La conjonction de l’ illimité et de prix réduits est d’ailleurs une spécificité française qui va permettre l’essor de l’internet en France ces années là.

C’est en 2000 qu’une autre technologie apparaît avec l’offre de NC Numericable via le câble. La différence (outre le prix) c’est qu’il permet l’accès à de nombreuses chaînes de télévision en plus (même si dans les premiers temps la quantité de données était limitée). Entre 2002 et 2004 c’est l’explosion, on dépasse le million d’abonnés, les offres se multiplient. En 2006 on dépassera les 10 millions d’abonnés.

La vitesse permet de nouveaux usages et accélère l’adoption d’internet. Mais cette évolution technique se double en 2004 d’un cadre législatif qui va favoriser ce développement.

La Loi pour la Confiance dans l’Économie Numérique oblige notamment les opérateurs de télécommunications à partager leurs infrastructures existantes, surtout les lignes de cuivre de l’ancien réseau téléphonique par lequel passe l’ADSL. France Télécom sera d’ailleurs condamnée en 2005 à une amende record pour abus de position dominante sur cette question. L’ opérateur historique n’aimait pas partager. Cela a permis de créer un environnement favorable à la concurrence et par ricochet le développement de nouvelles offres.

L’autre évolution qu’a permise cette loi est plus géographique puisque les collectivités peuvent à leur tour favoriser le développement de leurs infrastructures voire devenir opérateur sur leur territoire.

Suivront ensuite le Plan Très Haut Débit en 2013 qui va soutenir le développement de la fibre optique et depuis 2020 le développement de dispositifs financiers pour les ménages à faible revenus :

Afin de renforcer l’accès effectif au très haut débit pour les Français qui ne disposent pas encore de la fibre, le soutien de l’État dans le cadre du dispositif Cohésion Numérique des Territoires a été renforcé. L’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires pilote ce dispositif pour apporter à chaque citoyen une solution d’accès à Internet performante, y compris grâce à des technologies sans fil ou hertziennes (satellite, boucle locale radio et 4G fixe) permettant aux foyers ne bénéficiant pas de débits internet suffisants par les réseaux filaires d’accéder à Internet. Les particuliers et entreprises éligibles au dispositif bénéficieront d’un soutien financier de l’Etat sur le coût d’équipement, d’installation ou de mise en service de la solution sans fil retenue. Jusqu’à 150€ pour les offres labellisées proposant du Bon Haut Débit dans les territoires ultramarins, jusqu’à 300€ pour les offres labellisées proposant du Très Haut Débit et pouvant aller jusqu’à 600€ sous conditions de ressources.
Source : https://www.amenagement-numerique.gouv.fr/fr/bonhautdebit-aidefinanciere*

 

Plus près de toi, Ethernet

Bon, c’est bien beau tout ça me direz vous mais moi à la maison je n’ai qu’un seul câble réseau, c’est un truc avec des broches de chaque côté. Sachez donc qu’il s’appelle communément câble Ethernet, et qu’il tout ce qu’il y a de physique… Les connexions dans l’éther c’est wifi et 4g/5g…

*Ethernet est un protocole de communication utilisé pour les réseaux informatiques, exploitant la commutation de paquets. (…) Il a été conçu au début des années 1970 pour faire communiquer des ordinateurs rattachés à un même « éther », c’est-à-dire, un milieu passif capable de transférer des données, comme un câble coaxial.”
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ethernet*

Vous allez le croiser à la maison, sur votre lieu de travail, sur des LAN parties (événement rassemblant des joueurs de jeu vidéo dans le but de jouer à des jeux vidéo multi-joueurs en utilisant un réseau local)… On l’appelle aussi parfois RJ45 (à cause de sa prise qui est à ce format), ou câble réseau… Et lui aussi à une histoire.

Ethernet a été développé au Xerox Palo Alto Research Center, en Californie à partir de 1973, grâce aux travaux de Robert Metcalfe. Quelques années plus tard, celui ci fonde l’entreprise 3Com (qui deviendra l’un des principaux fournisseurs d’équipements réseaux) et Ethernet devient un standard mondial. Ethernet a évolué et on parle désormais de 200 gigabits par seconde et 400 gigabits par seconde c’est vous dire les vitesses atteintes par ce protocole,

S’il tend à disparaître de nos usages domestiques à cause de nos outils tous de plus en plus nomades, le câble reste le support de notre vie numérique, ses enjeux multiples (techniques, géopolitiques, géographiques) et son histoire sont une autre façon de raconter internet. Arpanet lui même était un réseau câblé !

 

De l’intérêt d’un mot polysémique.

Je vous l’ai dit au début, le terme câble a plusieurs sens (polysémique donc).
Ce qui justement est intéressant avec ces multiples sens c’est que ce support physique de transport des données représente aussi les différentes problématiques que l’on a évoquées :

  • le transport des données
  • le transport de l’information non seulement pour internet mais aussi pour la télévision par câble (qui est très présente aux Etats Unis) ou en tant que support du streaming.
  • le câble diplomatique, qui dans sa “forme physique” est plus un enjeu géopolitique
  • Son histoire du télégraphe à internet qui montre que les transformations, les usages les perceptions ne sont pas nouvelles.
  • Que l’histoire d’internet s’est aussi écrite sur des territoires, des questions géographiques et en reprenant des chemins qui existaient déjà.

 

Quelques ressources pour approfondir le sujet :

Un excellent podcast de Cédric Villani, découvert après avoir écrit cet article mais qui en est un très bon complément
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-contes-des-mille-et-une-sciences/la-danse-telegraphique-2903096

L’actualité sur les menaces des houtis sur les câbles en mer rouge
https://www.generation-nt.com/actualites/cable-sous-marin-cible-rebelle-yemen-houthis-mer-rouge-2044331

La carte interactive des cables sous marins
https://www.submarinecablemap.com/

Une réponse à “Le réseau et le câble, une histoire d’internet”

  1. […] est un parfait complément de mon article sur le câble, encore un podcast de Cédric Villani mais dédié aux ondes pour communiquer (4 podcasts […]

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